
Bateaux à quai, 1919-1920, Musée Toulouse-Lautrec, Albi

Le Miroir aux Oiseaux, Martigues 1909-1913

Cour de ferme, 1919-1920 |
À la fin du XIXe siècle, à Marseille Adolphe Monticelli était devenu la figure tutélaire de la jeune génération d'artistes provençaux séduits par les jeux de lumière que le maître faisait exploser en feu d'artifice scintillant dans ses vues de parcs. Enivré par ce jeu pyrotechnique, Louis Mathieu Verdilhan, à qui les Impressionnistes avaient appris, pendant ses deux séjours à Paris, à voir tout en bleu, perdit son œil gauche à la suite de la projection violente d'une goutte de bleu indigo. Borgne, Louis Mathieu Verdilhan perçut alors l'espace différemment. La perspective s'aplatissant, il demandera davantage à la couleur. Les Fauves qui avaient triomphé en 1905 dans leur cage, lui donnèrent de nouvelles armes de création, ces bâtons de dynamite. Verdilhan leur doit la montée en puissance de son chromatisme, où dominent les ocres dans les toiles qu'il réalisa à Roquevaire et à Allauch.
Dans une surexcitation bergsonienne, Louis Mathieu Verdilhan, pris dans l'élan créatif qui caractérise les artistes européens de l'immédiate avant-guerre, allait exploiter jusqu'au bout la gamme extrême des couleurs dans la recherche d'une stridence qu'avaient su percevoir et exprimer parfaitement les maîtres d'outre-Rhin.
À leur écoute, Verdilhan instille à ses parcs des couleurs acides, puis, en pleine possession de ses moyens, il impose à ses vues martégales des bords du Brescon des perspectives dérivantes et des effets de flame surfacing.
Début 1919, Louis Mathieu Verdilhan se marie à Aix et s'y installe à La Magote, dans le quartier des Lauves,à deux pas de l'atelier de Paul Cézanne. Dans ses paysages aixois, il arcboute ses formes, l'héroïsme coloré d'avant-guerre a disparu, bientôt il va cloisonner systématiquement d'un gros trait noir ses aplats colorés. Appelé par Antoine Bourdelle à exposer en 1920 à la galerie parisienne La Licorne, il y présente un choix délibéré de toiles, principalement des vues du port de Marseille, conformes à l'esthétique en vogue.
À la fin de sa vie, retiré au fond d'une banlieue marseillaise, miné par un cancer du larynx, le peintre obscurcit ses dernières toiles cathartiques du Vieux-Port, où, dans une lumière blafarde, seuls quelques blancs surgissent d'un fond bitumineux. L'artiste athée donne au Lacydon une dimension mystique, on pense alors à l'art inspiré du chrétien Georges Rouault, dont une exposition avait inauguré La Licorne immédiatement avant celle de Verdilhan.
L'exposition des œuvres de Louis Mathieu Verdilhan au musée Brayer présente un choix didactique de ses toiles, dont le fil conducteur est assurément celui de la puissance et de la couleur d'abord scintillante, puis dynamitée, orgiaque, cloisonnée, éclaboussée : les parcs féériques aux teintes adamantines où des cygnes traversent des bassins, les toits d'Allauch où la violence des ocres violents propulse les tuiles vers le bleu de la lointaine rade de Marseille, le jaune d'une barque sur le quai du Brescon ou le vert acide des branches d'un arbre dans un parc que traversent deux cavaliers étranges, le chromatisme enfantin ou barbare des surfaces cloisonnées des toiles de La Licorne, enfin le noir d'ivoire qu'éclabousse le blanc de zinc dans ses dernières toiles nocturnes du Lacydon.
Daniel et Jean CHOL
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